la présidentielle d’avril 2027 (23.05.22)

Numéro 28 – 23 mai 2022

 

Dimanche 15 avril 2027, Jour J de la double élection présidentielle et législative

 

Des commentaires désabusés se sont multipliés sur le caractère frustrant des dernières présidentielles. A R! nous préférons discuter des prochaines en 2027. Nous partageons cette anticipation clin d’œil du prochain vote : pas pour dire que c’est ça exactement qu’il faut faire (nos discussions continuent et nous vous invitons à les rejoindre) ; mais pour affirmer que le statu quo n’est jamais une obligation !

 

Le grand jour est arrivé, dernier jour de la présidence d’Emmanuel Macron.

Le temps est magnifique et tous les Français se sentent collectivement fiers du climat apaisé et tonique de cette double élection.

Les Français élisent en effet ce dimanche à la fois leur président et leur assemblée nationale, sur un tour unique : c’est l’application des nouvelles règles fixées par l’assemblée constituante élue en 2025.

Ces règles avaient été approuvées par référendum d’autant plus facilement que l’assemblée constituante devait voter chaque article du projet à la majorité des trois quarts. Et l’idée de cette assemblée constituante avait fait consensus après les présidentielles de 2022 pour trois raisons,

  • les perdants de 2022 avaient mesuré le risque de rester indéfiniment à l’écart du pouvoir,
  • les gagnants avaient mesuré le danger de la concentration des pouvoirs, quand on craint vraiment celui ou celle qui prend le pouvoir,
  • et le président réélu (et non rééligible) était secrètement satisfait d’être ainsi le dernier roi républicain français.

Dans ces nouvelles règles, le président ou la présidente est toujours élu au suffrage universel, mais pour 7 ans: comme les députés restent élus pour 5 ans, les deux élections ne tomberont plus la même année avant … 2062 !  Les pouvoirs présidentiels sont désormais limités et clairs, complémentaires des pouvoirs du premier ministre et du parlement. Le président représente la continuité de la nation. Il a donc une fonction symbolique importante. Mais il a également un rôle essentiel dans les moments d’urgence nationale : alors, la nouvelle constitution oblige président et premier ministre à s’accorder. Cela évite les dérives autoritaires et préserve la rapidité de décision. Le président est parfaitement au courant de tout, puisqu’il assiste au conseil des ministres mais il ne le préside plus et ne désigne ni le premier ministre ni les ministres. Il ne peut plus bien sûr dissoudre l’assemblée.

Les candidats à l’élection présidentielle ne viennent pas de nulle part puisqu’ils doivent avoir été député ou sénateur et avoir été validé par une commission : elle vérifie leur absence totale de conflits d’intérêt. Plus de billard à trois bandes et de « vote utile » pour les électeurs, puisque le vote est à un seul tour. Aucun débat entre les candidats pendant la campagne : le bon président n’est pas celui capable d’enfoncer son concurrent, mais celui capable de représenter toute la nation. La campagne s’est donc faite par des auditions télévisées successives, où le ou la candidate répond à des panels de journalistes et de citoyens.

La concurrence politique est plus directe pour les législatives, mais le climat entre les candidats est également apaisé : personne ne méprise l’adversaire, parce que personne ne veut injurier l’avenir ! Après l’élection, il va en effet falloir travailler 5 ans ensemble, au sein de la coalition entre partis majoritaires mais aussi avec les partis minoritaires.

  • La constituante a en effet introduit la proportionnelle entre tous les partis représentant plus de 5% des votes au niveau national et aussi plus de 2% dans la moitié des départements (un système inspiré de l’Allemagne). Personne n’espère donc avoir seul la majorité absolue.
  • Et même la majorité absolue n’est plus suffisante pour ignorer la minorité, avec les nouvelles règles : en effet, 25% des députés mis en minorité sur un vote peuvent désormais convoquer un référendum sur un texte qu’ils estiment plus consensuel : un joker dont ils doivent user prudemment sauf à exaspérer les électeurs (un système inspiré de la Suisse) .

Ces règles redonnent un poids aux partis … mais pas trop. Un peu, parce qu’il faut une organisation pour présenter des candidats dans la moitié des départements, et il n’y a plus la concurrence des “écuries présidentielles”. Mais pas trop, parce que les partis ne peuvent plus choisir aussi librement leurs candidats : ils doivent partager ce choix avec les électeurs, qui ont désormais deux candidats de chaque parti pour chaque circonscription, et un choix aussi sur la liste complémentaire. La qualité des candidats est en outre contrôlée beaucoup plus strictement par la commission, plusieurs mois avant l’élection.

Citoyennes et citoyens sont plus motivés et moins inquiets qu’à toutes les précédentes élections.

  • Plus de raisons de voter « contre » pour « éliminer le pire » : on vote « pour », puisqu’il n’y a plus de risque que quiconque obtienne les pleins pouvoirs.
  • Plus de frustration pour les minoritaires de voter « pour rien » : chacun sait que sa voix pèsera autant qu’une autre et que ses positions seront de toutes façons défendues à l’assemblée.
  • Plus de frustration de voter un chèque en blanc pour cinq ans : les représentants devront revenir vers celles et ceux qu’ils représentent chaque fois qu’ils n’arriveront pas à se mettre d’accord.

 

Cette anticipation s’inspire de la méthode de R! qui définit l’intérêt collectif comme des pratiques qui renforcent les trop faibles et encadrent les trop puissants ; facilitent la conciliation ; et stimulent les chances et l’envie de chacun de participer. Et qui donc, en politique : obligent à entendre les minorités ; valorisent la négociation plutôt que l’affrontement politique ; et développent la possibilité et l’envie de chaque personne de rentrer dans le jeu politique, plutôt que dans l’abstention ou la révolte.

 

Découvrez le débat R! en cours sur : Multiplier les Débats d’Intérêt Collectif (les DIC)