parcoursup (25.07.22)

Numéro 37 – 25 juillet 2022

 

  • Parcoursup répond à peu près à son cahier des charges…

La France a inventé avec Parcoursup un outil national qui respecte à la fois des critères d’efficacité (il est capable de répartir en quelques mois 700.000 jeunes sur 700.000 places d’enseignement supérieur) ; des critères méritocratiques (les meilleurs dossiers ont la priorité… en principe) ; et des critères démocratiques (chaque jeune, …ou presque, a sa place à la fin de l’exercice). Cet exercice collectif synchronise pendant quelques mois une bonne partie du pays.

 

  • …qui n’est pas assez ambitieux

Parcoursup est loin d’être parfait (voir par exemple le rapport …). Ce numéro pose une question différente, celle de son cahier des charges : pourrions-nous, devrions-nous être plus ambitieux pour un outil qui organise déjà une telle mobilisation collective, sur le thème essentiel de la réussite des jeunes, et alors que le numérique permettrait bien d’autres choses ?

La réponse de R! à cette question est que Parcoursup pourrait devenir progressivement Parcours Jeune, colonne vertébrale de notre effort d’éducation national : un outil numérique valorisant les contacts humains, rassurant et responsabilisant, qui accompagnerait chaque jeune au long de sa scolarité, depuis le collège jusqu’à sa réussite dans son premier emploi.

 

  • Un outil facilitant la collaboration entre adultes autour du jeune

Parcoursup est un système avec peu de collaborations entre adultes : les équipes du secondaire et celles du supérieur ne se parlent pratiquement pas. Parcours Jeune poserait dans son cahier des charges l’importance de ces partenariats que des outils numériques dits « collaboratifs » peuvent justement faciliter. Le numérique permet en outre de gérer différents niveaux de confidentialité, on le voit pour le dossier médical : cela permettrait une plus grande sincérité entre équipes éducatives pour partager de façon transparente ce que chacune attend et clarifier des règles de sélection encore très mystérieuses. Le partenariat est à développer également entre enseignants, professionnels et employeurs au moment des stages, d’une première expérience professionnelle ou d’un retour dans l’enseignement. Le monde enseignant a parfois peur qu’on parle trop du monde professionnel à l’école, mais comprendre « l’après » de la vie professionnelle et s’y préparer est à la fois une attente des jeunes et une mission de l’éducation.

 

  • Un outil favorisant le dialogue jeune-adultes

Parcoursup concentre une information considérable sur “l’offre” post bac. Mais cette information est difficilement utilisable sans accompagnement. Aucun entretien en tête à tête avec le jeune n’est prévu du côté du supérieur. Les enseignants du secondaire et les parents ont rarement la connaissance nécessaire des « règles du jeu » et les conseils spécialisés sont peu nombreux.

Parcours Jeune valoriserait des dialogues réguliers centrés sur le jeune qui lui apprennent à écouter et exprimer ce qu’il sent, à argumenter et à négocier ce qu’il veut. Que des adultes prennent le temps de l’aider à mesurer ses chances, à comprendre ce qui est peut-être possible et ce qui est sûrement possible, et essaient de lui transmettre la passion de ce qui est dans ses cordes.

Ce besoin d’un adulte qui suit le jeune fait apparaître une lacune française par rapport à d’autres pays qui ont dans les établissements d’enseignement des personnes qui ne sont pas là pour « enseigner » quelque chose, mais pour aider personnellement chaque jeune à résoudre les problèmes qu’il rencontre, scolaires ou pas : chaque jeune et pas seulement les jeunes « à problèmes ».

 

  • Un outil aidant le jeune à créer « son » espace personnel

Parcoursup est un mécanisme d’affectation : quelques semaines pour remplir un dossier, quelques mois de boite noire, puis la consultation des résultats qui s’étale sur plusieurs semaines. La partie personnelle du dossier de Parcoursup est limitée, pour des raisons respectables de simplification et d’égalité des chances, et des raisons d’embouteillage : personne n’est sûr que le peu qu’il y a, la lettre de motivation notamment, est vraiment lu (comment le faire d’ailleurs quand une école spécialisée reçoit 10.000 dossiers pour en accepter 120).

Parcours jeune pourrait s’organiser au contraire autour d’un dossier personnel du jeune. Un peu comme sa page d’un réseau social dont il choisit ce qu’il partage et avec qui, et qui le sensibilise au passage à la confidentialité numérique. Parcours Jeune serait son recueil de contenus l’aidant à clarifier et décrire à qui il veut ses expériences et ses projets, et dont il aurait la maitrise informatique.  Chaque adulte qui accompagne le jeune un bout de chemin pourrait l’aider à enrichir ces contenus.

 

  • Donner confiance et responsabiliser

Parcoursup ne responsabilise pas vraiment le jeune sur ses choix d’orientation : le bon dossier n’a pas besoin de faire de choix, le mauvais non plus. Parcoursup peut être vu comme un mécanisme subi et aggraver la charge psychologique des plus fragiles. Un changement de Parcoursup par rapport au système précédent (APB) est que les bons élèves ouvrent beaucoup de choix en parallèle puis trient au fur et à mesure pendant que les moins bons élèves attendent. Notre époque est dure pour les jeunes : les adultes leur renvoient volontiers la responsabilité de l’échec ou du succès de leur entrée dans la vie adulte.

Parcours Jeune apporterait au jeune à la fois confiance en lui et responsabilisation. Le temps de formation serait utilisé pour construire un projet de vie et un projet professionnel étayés. Il ferait de chaque étape un choix volontaire : en fin de collège, en choisissant une activité professionnelle à 16 ans ou après le bac, en choisissant une formation supérieure. Il dédramatiserait ces choix en aidant le jeune à penser à l’étape suivante, et comment on l’aidera, s’il change d’avis, comme s’il persiste dans son choix. Parcours Jeune aiderait chaque jeune à prendre en main sa vie.

Ce n’est qu’une ébauche qui va être discutée et corrigée, pour déboucher sur des actions immédiates permettant de progresser.

 

Découvrez le débat R! en cours sur : Un parcours guidant chaque jeune vers l’âge adulte