Dernière modification le 05/09/2022 à 15:32

les origines de la décision par consentement

Une alternative au vote majoritaire

Parmi les différentes méthodes de décision collective identifiées par les sciences sociales, la gouvernance par consentement suppose que toutes les décisions importantes d’un groupe réclament le consentement de chacun de ses membres et que chacun s’y soumette ensuite. L’absence de consentement doit être argumentée, et le consentement doit être informé. Le membre objecteur travaille avec les autres membres aux moyens de lever son objection.

La décision par consentement s’oppose à la décision par vote majoritaire. Elle n’est ni l’unanimité, ni le consensus, même si elle s’en rapproche, car unanimité et consensus supposent une adhésion générale là où le consentement ne réclame que l’absence d’opposition. Unanimité et consensus demandent que chacun soit convaincu que c’est la bonne décision. Le consentement demande seulement que tous puissent vivre avec cette décision (ce qu’on peut formuler comme “good enough for now, safe enough to try”). Le consentement, en encourageant les expérimentations, peut accélérer les décisions, là où l’unanimité ou le consensus peuvent les freiner. Et où le vote majoritaire peut braquer une minorité qui essaiera ensuite de bloquer la mise en œuvre. La méthode permet de décider (par consentement bien sûr) de recourir en cas d’urgence à un mode de décision différent.

 

La sociocratie et ses limites

Une origine de la décision par consentement est la sociocratie, un mot inventé par Auguste Comte dans la première moitié du 19e siècle, pour distinguer la gouvernance démocratique (de démos, la masse du peuple ne partageant que très peu de valeurs) de la gouvernance sociocratique (socios, des personnes liées des relations significatives de confiance : compagnons, collègues, associés).

Des inspirateurs de la méthode ont été les deux formateurs de celui qui l’a formalisée, Gerard Endenburg, un ingénieur puis chef d’entreprise hollandais : Betty Cadbury et Kees Boeke ont fondé des écoles pour appliquer dès l’enfance cette approche (qui a des points communs avec les écoles Frenet et Montessori, et avec la gouvernance des Quakers). La décision par consentement demande en effet plus de formation que l’obéissance à la hiérarchie ou le vote majoritaire. Mais elle rend chacun plus épanoui dans un groupe plus efficace car plus constructif.

L’approche sociocratique est surtout utilisée aujourd’hui dans des entreprises, mais la vision au départ était plus large comme en témoigne un texte de Kees Boeker cité dans la version anglaise de Wikipédia pour Sociocracy : il y explique que l’éducation et la pratique de la sociocratie peuvent faire naître un état d’esprit croissant « de réconciliation 😉 et de confiance mutuelle ».

Le consentement est-il possible dans une large collectivité ?

Une difficulté majeure rencontrée par la sociocratie est sa difficulté à dépasser l’échelle des liens étroits et des petits groupes. La force du vote majoritaire et de la décision déléguée à un chef est qu’elles peuvent s’appliquer à des centaines de millions d’individus. L’approche par le consentement étendu pourrait permettre de dépasser ce blocage en combinant le mécanisme de la représentation et celui du consentement. C’est le thème du chantier Valoriser les décisions collectives par consentement.

 

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