Dernière modification le 28 janvier 2022
L’orthographe des jeunes, c’était mieux avant ?
Oui et non, nous dit cet extrait d’une tribune de Christophe Benzitoun, Maître de conférences en linguistique française à l’université de Lorraine, auteur de Qui veut la peau du français ? éditions Le Robert, 2021, paru dans Libération du 28.1.22
D’après une étude de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) datant de 1996, un quart des élèves faisait une ou zéro faute aux dictées du certificat d’études dans les années 20. Mais il faut savoir qu’à cette époque, seul un élève sur deux passait ce diplôme. On ne présentait que les meilleurs. De plus, le nombre de matières enseignées était plus limité et le nombre d’heures d’enseignement plus important (environ 1 300 heures par an à l’époque contre 860 heures aujourd’hui).
Ainsi, même si l’on peut déplorer une baisse de niveau en orthographe avérée en un siècle à l’école, jamais autant de Français n’ont appris à lire et à écrire qu’à l’époque contemporaine. Dit autrement, les meilleurs en orthographe étaient plus performants il y a un siècle, mais plus d’élèves savent aujourd’hui écrire.Cependant, un chiffre interpelle : les élèves de troisième de 2005 ont le même niveau en dictée que ceux de cinquième vingt ans plus tôt. Et les résultats observés en 2015 montrent que la baisse a continué. Cela n’est guère une surprise. Dès 1965, la commission Beslais rendait un rapport sur l’intérêt de simplifier l’orthographe pour endiguer une dégradation rapide du niveau. Cette proposition s’est concrétisée vingt-cinq ans plus tard à travers les rectifications orthographiques mais celles-ci se sont peu diffusées. Or, quand on sait l’importance que revêt la maîtrise de l’orthographe pour l’insertion professionnelle, il y a urgence à faire de cette cause une priorité nationale.
Christophe Benzitoun recommande de faire preuve de plus de tolérance et de considérer les écarts non comme des fautes mais comme des variantes. Il s’agit, en réalité, simplement d’appliquer les textes législatifs en vigueur depuis 1900 (arrêté du ministre de l’Instruction publique de l’époque Georges Leygues) actualisé en 1976 par René Haby, ministre de l’Education nationale. Et de renouer avec le français tel qu’il était conçu jusqu’au XVIIe siècle où l’orthographe était vivante et un sujet d’intenses discussions. L’orthographe occuperait une place moins centrale et aurait moins de poids sur les destinées des élèves. On pourrait aussi observer quels sont les usages qui se manifestent et faire évoluer en conséquence les ouvrages de référence listant les différentes variantes. Par exemple s’apercevoir qu’il existe un accord de proximité bien vivant à côté de l’accord au masculin (ce que l’observation des textes démontre).
