Numéro 53 – 1 février 2023
Le temps, l’argent et la pollution perdus dans les trajets domicile travail sont un gâchis individuel et collectif majeur. Nous en discutons déjà dans R! sous deux angles qui se rattachent à deux des 9 thèmes que nous creusons,
- La qualité et le partage du travail, un thème encore à lancer.
- La mesure climatique, avec notre initiative Carbones Sur Factures (CSF).
On avance … grâce au Covid
La qualité du travail, pour l’employé et pour l’employeur, dépend du bon équilibre entre où l’employé a envie de travailler, et où son employeur a envie qu’il travaille. Le confinement du Covid a bouleversé un équilibre antérieur assez rigide : on travaillait dans l’entreprise, sauf travail à domicile, exceptionnel et à la main de l’employeur.
Après le confinement, quelques patrons « verticaux » veulent toujours avoir leurs gens autour d’eux (les patrons de Tesla et de Goldman Sachs ont tenté de siffler la fin du télétravail). Mais partout un nouvel équilibre se dessine, bien plus souple, où employeurs et employés s’accordent sur des jours de télétravail : souvent autour 2 ou 3 par semaine (aux Etats Unis, employés et employeurs sondés sont presque d’accord : 2,8 jours à domicile contre 2,3 jours). Nos sociétés sont en train d’inventer de nouvelles marges de liberté et de négociation, pour qu’un employé ou une employée n’ait plus le sentiment d’être enfermé à la maison ou enfermé au bureau. Cette nouvelle liberté, comme souvent, renforce un clivage : celui entre les emplois qui permettent le travail à domicile et les autres, les emplois des première et deuxième lignes du Covid : elle renforce l’importance d’imaginer un meilleur partage qualitatif du travail.
Et l’équilibre climatique ?
La beauté de ce nouvel équilibre est qu’il améliore aussi l’équilibre climatique, en limitant les mobilités domicile travail et leur poids de carbone. Il l’améliore probablement, mais on manque cruellement d’éléments sur le poids en carbone de nos décisions. D’où cette question : qu’apporte notre initiative Carbones Sur Factures (CSF), avec les poids de carbones de chaque produit ou service, à côté du prix ? En construisant notre méthode de comptage, nous mettons à jour certaines incohérences de nos règles actuelles, financières ou carbones.
Les règles carbones mettent tous les carbones des trajets domicile travail à la charge de l’entreprise, parce que l’entreprise a “une certaine responsabilité” dans les trajets. Alors que dans la « vraie vie » en argent, c’est l’inverse : sauf exception, le salarié paie ses coûts de transport domicile travail, parce que l’employeur n’est pas responsable de là où il habite. Il y a une exception quand le salarié utilise un pass de transports en commun, comme dans la région parisienne et dans la région lyonnaise et dont l’employeur lui paie la moitié.
D’où deux pistes sur lesquelles nous réfléchissons.
Partager les poids de carbones et les coûts des transports domicile travail
Si la responsabilité des transports domicile travail est partagée entre employeurs et employés, pourquoi ne pas partager à la fois les carbones et les coûts ? Et que l’employeur paie aussi la moitié des dépenses de vélo ou de voiture de ses employés, sur un territoire donné, bien sûr ?
- Les employeurs seront a priori contre, mais leurs comptages seraient moins frustrants (nos rendez-vous avec des responsables d’entreprises qui comptent déjà leurs carbones -et qui sont a priori les plus motivés- révèlent leur incompréhension d’un comptage lourd pour des trajets dont ils ne sont pas directement responsables. En outre, le partage actuel est incohérent économiquement : aujourd’hui, plus ses employés voyagent en transport en commun, plus l’employeur paye. Et demain avec Carbones sur factures, le comptage d’une dépense partagée devient immédiat : l’employeur a directement “les carbones sur les factures” de ce qu’il rembourse.
- Ce serait moins frustrant pour les employés. L’employé qui vient en voiture n’a généralement pas le choix de faire autrement d’où des exaspérations, en partie à l’origine des gilets jaunes, et qui ne feront que s’accentuer avec les contraintes de décarbonation : les principaux perdants vont être les travailleurs pauvres obligés d’aller travailler en voiture.
Compter les carbones des équipements
Mais l’enjeu principal pour la décarbonation n’est pas là du tout : si les emplois sont à 50 kilomètres des logements, les partages employés employeurs ne servent pas à grand-chose. Les décisions essentielles sont où l’on construit les équipements de production, de logement ou de transport. Ce sont ces décisions qui vont réduire ou augmenter les mobilités dans un territoire. C’est pour ces décisions qu’il faut des données carbones fines. Les carbones sur les factures donneront pour tout équipement en projet les carbones de sa construction, et l’estimation des carbones de sa maintenance ET des trajets qu’il va provoquer : une aide majeure à la décarbonation.
