2 ans de Covid 19 (17.1.22)

Numéro 10 – 17 janvier 2022

 

  • Une guerre ?

Le deuxième anniversaire du Covid 19 est là et l’épreuve n’est pas terminée. Ce premier numéro Covid ne prétend pas épuiser un thème immense sur lequel nous reviendrons. Il propose un premier regard d’intérêt collectif sur le début de l’épidémie et sur la question suivante : puisque ce qui ne nous tue pas est censé nous rendre plus forts, qu’est-ce que nous, les survivants, avons appris ? Nous partons du parallèle (justifié, pour une fois) entre le Covid 19 et une guerre nationale : même menace sur nos vies, même nécessité d’une mobilisation nationale. Si une urgence nationale désigne un péril vital et immédiat pour la collectivité nationale, comment faire face au mieux à une urgence nationale ?

 

  • Une union nationale politique

Un des souvenirs nets de cette longue crise est la suite continue de bulletins de victoire de la majorité ponctuée par une suite symétrique de ricanements de l’opposition. C’est bien sûr une des constantes du jeu politique, exacerbée par la crise : la majorité cherche à prendre la lumière pour en tirer parti “après” ; les opposants au contraire les accusent du pire pour éviter que leur rôle de « chef de guerre » les avantage trop “après”. Mais une urgence nationale supporte particulièrement mal les querelles partisanes. Seule l’union nationale permet de synchroniser les efforts et de rassurer les inquiets, évidemment nombreux en période de crise. Le défi est donc clair : sommes-nous capables de définir pour les périodes d’urgence nationale des règles politiques d’union nationale ? Une condition absolue est de se mettre d’accord sur ces règles avant que l’urgence ne survienne et de graver l’accord dans la loi, ou mieux dans la constitution (en complément de l’actuel État d’urgence). L’exercice est difficile mais parfaitement possible (c’est un de nos thèmes de discussion à R!). Il  faut chercher (et trouver) des réponses dans différentes directions et notamment : comment est décidée cette urgence nationale ; comment combiner des décisions plus rapides que d’habitude, avec des garanties meilleures que d’habitude pour les minoritaires pour que leur voix soit entendue et pèse, notamment parce qu’ils siègent dans les bonnes instances ; et comment les citoyens ont l’assurance que tout sera rediscuté « après la victoire ».

  • Jouer la transparence et l’humilité

Rétrospectivement, les autorités ont affirmé des choses fausses, avec les meilleures intentions du monde : comme on ment « pour son bien » à un enfant ou à un malade. Cela n’a pas vraiment fonctionné et fonctionnera de moins en moins bien : l’esprit critique et l’information se sont développés de façon fantastique et cela ne va pas s’arrêter. Il faut PLUS de transparence en période de crise, et non pas moins, car elle est un élément majeur de confiance et d’unité nationale. Cela vaut aussi pour les situations très fréquentes d’incertitude : la crise souligne ces incertitudes, y compris sur des questions scientifiques. Le défi est que les dirigeants apprennent l’humilité et la transparence. L’union nationale les y aide : elle évite par exemple que chaque reconnaissance d’ignorance donne lieu à un tonnerre de critiques partisanes.

 

  • Nous accorder sur le coût des réserves

Rétrospectivement, une des raisons de mentir aura été tout ce qu’il nous manquait d’essentiel au début de 2020. On peut se lancer dans des exercices de responsabilité qui retomberont vraisemblablement sur des sous-fifres. Car, si nous sommes honnêtes, qui pouvait ignorer que depuis au moins 20 ans et tous partis confondus, nous sommes dans une logique marchande d’économiser tous les coûts qui peuvent l’être ? C’est la façon dont fonctionnent les entreprises, et c’est la méthode qui inspire désormais les services collectifs. Un bon directeur d’hôpital est celui qui a les coûts minimaux et donc des stocks à l’os. La polémique s’est concentrée sur les masques, mais tous les hôpitaux de France bien gérés avaient au 1er janvier 2020, début de l’année budgétaire, zéro stock de blouses, surblouses ou charlottes, sûrs que leurs commandes seraient immédiatement honorées. On aurait sûrement fait meilleure figure si le virus était arrivé avec l’été… Une armée en période de paix coûte très cher et ne sert pas à grand-chose immédiatement. Mais elle est prête à faire face à l’imprévu. Et combler les lacunes pendant la crise coûte finalement beaucoup plus cher. Le défi serait d’arriver à nous accorder, après la victoire, sur les réserves d’urgence nationale que nous sommes prêts à financer, en matériel et en personnes, sur toutes les fonctions critiques. Cela concerne en effet la santé, mais bien d’autres domaines des services collectifs.

  • Garantir l’équité des efforts

L’engagement de tous dans une urgence nationale est difficile s’il existe ce qu’on appelle dans les guerres des « profiteurs » ou des « planqués ». Les crises imposent en effet des contraintes extrêmement différentes suivant les gens. Lorsqu’on tirera un trait sur cette crise, on verra, comme pour les précédentes, que les contraintes ont été très différentes et très injustes. On l’a d’ailleurs découvert dès les premiers mois, souvenons-nous des applaudissements sur les balcons. D’où un dernier défi : serions-nous capables de définir « avant » des règles du jeu qui garantissent l’équité « pendant» ? Une piste par exemple : les personnes des métiers de première et deuxième lignes sont partis la fleur au fusil, sans compensation, souvent mal équipées : pourquoi ne pas prévoir d’avance dans leurs contrats de travail des clauses leur assurant dès le premier jour des contreparties claires à leur dévouement ?

Il reste bien d’autres leçons à tirer, et nous reviendrons rapidement avec un regard de l’intérêt collectif sur deux autres thèmes : l’attitude vis-à-vis des autres pays, et l’attitude vis-à-vis des antivax.

 

Découvrez le débat R! en cours sur : Des contraintes sanitaires d’intérêt collectif 

 

 

Ce regard de l’intérêt collectif sur les débuts du Covid est forcément limité : n’hésitez pas à le commenter dans son forum (sous ce numéro) ou dans nos réunions vidéos du mardi 12h30 (réservées aux abonnés à R ! ICI). Pour approfondir, RV sur le Défi “s’accorder sur ce qu’entraine une urgence nationale” de la plateforme R!