le risque de guerre nucléaire (31.10.22)

Numéro 44 – 31 octobre 2022 

Une guerre nucléaire est possible

On parle à nouveau d’une guerre nucléaire possible. Le risque était présent en filigrane dès le premier jour de l’invasion (voir notre numéro d’avril sur L’impunité des agressions internationales). Mais les menaces de Vladimir Poutine sont plus claires, Joe Biden vient de reconnaître leur réalité et des historiens nous rappellent qu’un dirigeant peut se sentir prisonnier de son bluff nucléaire (la Crise des missiles il y a 60 ans est en partie née d’une menace du président Kennedy d’utiliser l’arme nucléaire en cas de forces offensives soviétiques à Cuba, alors qu’au pied du mur, ni lui ni son état-major n’étaient convaincus d’une menace sur les intérêts vitaux américains)

Nous pensons à R! que les bonnes décisions collectives naissent de la discussion. Pouvons-nous discuter de la meilleure façon d’éviter le risque de guerre nucléaire ?

 

Un risque qui mérite qu’on en discute

Il y a deux raisons de discuter des armes nucléaires :

  • Elles représentent l’une des menaces les plus importantes sur la civilisation humaine (une étude universitaire chiffre à 300 millions de morts leur scénario le plus modeste, celui d’une guerre nucléaire entre le Pakistan et l’Inde, du fait des famines d’un « hiver nucléaire » en année 2).
  • A la différence de la chute d’une météorite, la cause est humaine, avec au moins deux approches possibles : 11 pays ont l’arme nucléaire, démocraties ou dictatures, et plusieurs pays cherchent à l’acquérir (a priori tous des dictatures, comme l’Iran) ; 86 pays ont en revanche signé un traité international mettant hors la loi les armes nucléaires.

 

Approuver plus d’armes est-il signe de courage ?

La discussion sur les armes nucléaires dérive facilement en polémique sur le courage, censé être du côté des porteurs d’armes. Est-ce le cas ? Le courage est une valeur personnelle qui amène une personne à donner jusqu’à sa vie pour une personne ou une idée. Les Ukrainiens sont courageux sans armes nucléaires. Et l’arme nucléaire peut être une façon d’éviter de se poser la question de ce qu’on est prêt à sacrifier. Il n’y a pas de lien entre le courage et l’amour ou la détestation des armes.

 

Les armes nucléaires ne sont pas sous contrôle

Si, comme c’est le plus vraisemblable, une guerre nucléaire ne démarre pas à propos de l’Ukraine, les partisans de l’arme nucléaire y verront une preuve de l’équilibre de « la destruction mutuelle assurée » (Mutual Assured Destruction ou MAD en anglais). Mais tout est-il « sous contrôle » ?

  • Le nombre de puissances nucléaires est passé à 11, les bombes et leurs vecteurs se multiplient, et avec le risque d’un lancement accidentel : nous sommes 200 dans un gros avion et 11 d’entre nous ont plusieurs bazookas.
  • Aucun progrès n’a été fait dans la protection des populations : deux dictatures, la Chine et la Russie, viennent par exemple d’annoncer des missiles hypersoniques pilotables pouvant faire le tour de la Terre et contre lesquelles il n’existe pas de défense.
  • L’Ukraine est un nouveau et dramatique exemple que l’arme nucléaire peut encourager un agresseur qui en dispose : l’impunité procurée par l’arme nucléaire a joué dans la décision de Poutine, comme elle avait encouragé les dirigeants pakistanais à des attaques militaires et terroristes.

 

Remettre sa vie entre les mains d’un président ?

La doctrine nucléaire fait qu’un pays, démocratie ou dictature, remet la vie ou la mort de sa population entre les mains d’une personne : le président français et le président américain pour nous, le président américain pour les autres pays de l’Union. Cette délégation à une autorité verticale est insupportable pour certaines personnes, rassurante pour d’autres. En revanche, il y a probablement unanimité pour refuser de voir sa vie entre les mains du président Poutine ou du président Kim Jong-un, ce qu’implique pourtant l’arme nucléaire.

 

Le culte du secret

Progressivement, les démocraties ont réussi à limiter le secret militaire et à subordonner le militaire au politique. Mais les armes de destruction massive comme le nucléaire restent un ilot secret, même dans les démocraties, puisqu’il faut garder le flou sur ce qu’on peut faire, comment, dans quelles situations. Cette culture est mortelle. Elle a provoqué la guerre en Irak. La commission scientifique britannique censée faire la lumière sur l’origine du Covid 19 a rendu ses travaux en se disant incapable d’éliminer la possibilité d’une fuite de laboratoire : pas pour des raisons scientifiques, mais par refus des autorités, dictatures ET démocraties, de laisser enquêter sur leurs procédures de recherches dangereuses, au nom de la défense nationale.

 

Discutons aussi des scénarios de réduction des armements

L’humanité est libre des défis qu’elle s’adresse. Force est de constater qu’elle consacre aujourd’hui plus d’énergie au développement des armes qu’à leur réduction, c’est l’un de nos thèmes de discussion à R!