sobriété généralisée ? (19.09.22)

Numéro 38 – 19 septembre 2022

 

Le grand sujet de discussion de la rentrée

Les éditoriaux de rentrée sont placés sous le signe de la sobriété climatique et tout particulièrement énergétique : le mot sobriété est probablement le plus utilisé depuis une quinzaine.

Certaines discussions se moquent de conversions à la sobriété jugées … rapides. Ce n’est pas l’approche de R! qui valorise au contraire la capacité à savoir changer d’avis au contact des autres et des faits.

D’autres discussions ont dénoncé l’inégalité des points de départ : comment plaider la sobriété à des personnes incapables de commettre des excès, faute d’argent ? Il serait en effet choquant d’imposer, au nom de la sobriété, des restrictions inéquitables.

On a vu aussi surgir dans le débat l’idée de sobriété généralisée, de sobriété en tout : vise-t-on une sobriété climatique ou une sobriété “tous azimuts”? C’est à cette discussion que s’intéresse ce numéro.

 

La sobriété climatique n’interdit pas les excès décarbonés

La valeur de sobriété est ancienne et belle à titre personnel, mais elle n’est pas forcément d’intérêt collectif. Elle peut même freiner une mobilisation générale vers la sobriété climatique. Prôner la sobriété dans l’absolu est un message vague et menaçant : qui est visé par ce discours ? Qui va juger de ce qui est excessif dans mes désirs privés ? Comment vont être décernés demain les brevets de sobriété ? Le monde de demain sera-t-il un monde de « peine-à-jouir » ?

La sobriété climatique est indispensable au niveau collectif pour tenir la Trajectoire 2050. Cette trajectoire qui engage la France et les pays européens dit qu’il faut diviser par 8 notre consommation de carbone en 28 ans. L’effort est énorme et chaque personne, chaque entreprise, chaque banque, chaque administration doit bouger, trouver ce qu’il ou elle peut faire différemment. Mais il s’agit de contribuer à un objectif chiffré, pas pour le plaisir de la sobriété. Et en continuant si possible à prendre autant de plaisir que possible, y compris de façon excessive, dès lors que ce plaisir est décarboné.

 

Réconcilier nos désirs et la qualité de vie des générations suivantes

Il faut donc apprendre, non pas à supprimer nos désirs, mais à les orienter. C’est un enjeu éducatif majeur pour les enfants de demain qui n’ont pas encore de désirs. Apprendre à être sobre face aux produits et aux services dangereux pour moi et pour la collectivité. Et à laisser éclater ma passion dans ce qui est positif pour moi et pour la collectivité. Des discussions à poursuivre dans notre chantier Bien accueillir la génération suivante.

Pour nous qui avons déjà des désirs, il s’agit d’apprendre à aimer “autre chose” en commençant par le superflu et tout ce qui dépasse la satisfaction des besoins de base. C’est compliqué mais on peut inventer des activités à la fois jouissives et décarbonées : nous sommes flexibles puisque tous les ans, nous tombons amoureux d’inventions nouvelles. Et dans le passé, des activités parfaitement décarbonées ont été pratiquées avec passion, comme les discussions philosophiques.

 

Responsabilité ou contrainte ?

Des déclarations générales vagues sur la sobriété ne nous aideront pas à changer. Il va falloir combiner la responsabilisation de chacun et des contraintes venues d’en haut. A R! nous préférons la première approche, et nous défendons une idée simple : qu’en face de chaque décision de consommation, de production, de financement, on sache ce qu’elle représente en carbone. C’est l’idée que nous avons lancée au printemps d’une Comptabilité carbone universelle. Le chantier progresse rapidement et il va déboucher dans quelques semaines sur notre première initiative de lobbying d’intérêt collectif : Les carbones sur les factures.