Un parcours guidant chaque jeune

vers l’âge adulte

Ce chantier est né après le numéro R! Actualité sur l’Enseignement des mathématiques.

En parallèle, une réflexion est en cours sur la santé mentale des jeunes

La France a inventé avec Parcoursup un outil national respectant à la fois des critères d’efficacité (capable de répartir en quelques mois 700.000 jeunes sur 700.000 places d’enseignement supérieur) ; des critères méritocratiques (les meilleurs dossiers ont la priorité) ; et des critères démocratiques (chaque jeune a sa place à la fin de l’exercice). Cet exercice collectif synchronise pendant quelques mois une bonne partie du pays. Il suscite peu de réclamations.

 

Parcoursup est un système avec peu de collaborations entre adultes : les équipes du secondaire et celles du supérieur ne se parlent pratiquement pas.

 

Parcoursup concentre une information considérable sur “l’offre” post bac. Mais cette information est difficilement utilisable sans accompagnement. Aucun entretien en tête à tête avec le jeune n’est prévu du côté du supérieur, et les entretiens sont limités du côté du secondaire : les enseignants du secondaire sont peu associés à l’exercice, les parents encore moins, et les conseils spécialisés sont peu nombreux.

 

Parcoursup est un mécanisme d’affectation : quelques semaines pour remplir un dossier, quelques mois de boite noire, puis la consultation des résultats qui s’étale sur un mois. La partie personnelle du dossier de Parcoursup est limitée, pour des raisons respectables de simplification et d’égalité des chances, et des raisons d’embouteillage : personne n’est sûr que le peu qu’il y a, la lettre de motivation notamment, est vraiment lu (comment le faire d’ailleurs quand une école spécialisée reçoit 10.000 dossiers pour en accepter 120).

 

Parcoursup ne responsabilise pas vraiment le jeune sur ses choix d’orientation : le bon dossier n’a pas besoin de faire de choix, le mauvais non plus. Parcoursup peut être vu comme un mécanisme subi et brutal et aggraver la charge psychologique des plus fragiles, dans une époque dure pour les jeunes : les adultes leur renvoient volontiers la responsabilité de l’échec ou du succès de leur entrée dans la vie adulte (« il ou elle se débrouillera »). Ils renvoient aux jeunes un discours sur la mobilité nécessaire quand beaucoup ne l’ont pas connue pour eux.

Parcoursup est loin d’être parfait (voir par exemple le rapport …). Ce numéro pose une question différente, celle de son cahier des charges : pourrions-nous, devrions-nous être plus ambitieux pour un outil qui organise déjà une telle mobilisation collective, sur un thème aussi essentiel, la réussite des jeunes, et alors que le numérique permettrait bien d’autres choses ?

Parcoursup ne pourrait-il pas devenir progressivement Parcours jeune, colonne vertébrale de notre effort d’éducation national : un outil numérique collaboratif, humain et responsabilisant, qui accompagnerait chaque jeune au long de sa scolarité jusqu’à sa réussite dans son premier emploi.

 

Un outil facilitant la collaboration entre adultes autour du jeune

Un Parcours jeune devrait poser dans son cahier des charges l’importance de cette collaboration. Une force des outils numériques dits « collaboratifs » est justement qu’ils peuvent faciliter considérablement cette collaboration. Elle devrait jouer aux changements de l’équipe éducative du jeune, et notamment aux principaux passages de témoin, à la fin du collège et du lycée.

Cette coopération devrait aussi jouer entre enseignants et employeurs au moment des stages, d’une première expérience professionnelle, d’un retour éventuel dans l’enseignement. Le monde enseignant a parfois peur qu’on parle trop du monde professionnel à l’école, mais comprendre « l’après » de la vie professionnelle et s’y préparer est à la fois une attente des jeunes et une mission de l’éducation.

 

Un outil favorisant le dialogue jeune-adultes

Des dialogues réguliers centrés sur le jeune lui apprennent à écouter et exprimer ce qu’il sent, à argumenter et à négocier ce qu’il veut. Que des adultes prennent le temps de l’aider à mesurer ses chances, à comprendre ce qui est peut-être possible et ce qui est sûrement possible, et essaient de lui transmettre la passion de ce qui est dans ses cordes.

Ce besoin d’un adulte qui suit le jeune fera apparaître une lacune française par rapport à beaucoup de pays qui ont dans les établissements d’enseignement des personnes qui ne sont pas là pour « enseigner » quelque chose, mais pour aider personnellement chaque jeune à résoudre les problèmes qu’il rencontre, scolaires ou pas : chaque jeune et pas seulement les jeunes « a problèmes ».

 

Un outil aidant le jeune à créer « son » espace

Parcours jeune pourrait s’organiser autour d’un dossier personnel du jeune. Un peu comme mur dont il choisit ce qu’il partage et avec qui, et qui le sensibilise à la confidentialité numérique. Une mine de contenus pour clarifier ses projets et décrire à qui il veut ses expériences et ses projets. Que chaque adulte qui l’accompagne un bout de chemin l’aide à enrichir.

 

Donner confiance et responsabiliser

Parcours jeune pourrait apporter au jeune à la fois confiance en soi et responsabilisation, en l’aidant à comprendre ce qui lui arrive et qu’il peut l’influencer. Il peut faire de chaque étape un vrai choix d’orientation, en fin de collège, en choisissant une activité professionnelle à 16 ans ou après le bac, en choisissant une formation supérieure. Et expliquer ce qui se passe quand on bifurque parce qu’on a changé d’avis ou que cela ne marche pas.

 

La conduite de ce chantier fait l’objet d’un débat dans R!