Le dérèglement du climat vaincu

par la comptabilité carbone universelle

Le retour à l’équilibre climatique, avec la réduction des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, passe par la mobilisation de chacun (producteur, consommateur, financier, politique…) en lui donnant de façon sincère et précise,

    1. Le contenu en carbone de tous les biens ou services qui lui sont proposés.
    2. Sa propre performance dans la réduction des Gaz à Effet de Serre de l’atmosphère.

La Comptabilité Carbone Universelle, parce qu’elle simplifie et sécurise radicalement la comptabilité carbone, permettrait de fournir à chaque acteur le contenu en carbone de ses décisions ainsi que son résultat carbone.

La Terre produit et absorbe massivement des gaz à effet de serre. Leur quantité est restée longtemps constante dans l’atmosphère mais l’activité humaine, en ajoutant « ses » gaz à effet de serre, a augmenté leur quantité et dérègle le climat.

Beaucoup a été fait depuis 1988, année de la création du GIEC : chacun connait les “carbones”, c’est-à-dire les gaz à effet de serre (par assimilation avec l’un des principaux, le dioxyde de carbone ou CO2). On sait qu’il faut les réduire et  l’accord de Paris a donné les trajectoires nationales d’ici 2050. Et on mesure en quoi le danger climatique est différent de ceux dont les humains ont l’habitude, parce que le temps joue contre nous de trois façons :

  • Chaque retard dans la trajectoire de réduction des carbones augmente d’autant la réduction à accomplir plus tard, mais cet effet est mineur par rapport aux deux autres.
  • Chaque retard réduit le retrait naturel de carbones, par les océans et les forêts notamment, avec des effets de seuil et des basculements peut-être irréversibles.
  • Chaque retard exige des moyens supplémentaires (et donc des carbones) pour compenser le dérèglement (digues, conditionnement d’air, sauvetage de victimes…).

Et donc, tout retard dans la trajectoire aujourd’hui exige un effort bien plus important et peut-être impossible demain. Une comparaison possible est celle d’un cancer, d’autant plus difficile à combattre qu’on attend et que des métastases peuvent accélérer brutalement.

Pourtant, ça n’embraye pas : les déclarations de réduction des carbones se multiplient mais les scientifiques constatent qu’année après année, l’humanité comme la France s’écartent de leur trajectoire de réduction.

 

Pour aller tous dans le même sens, il faudrait que chaque institution et chaque personne connaisse chaque année le résultat carbone de ses actions : combien ont-elles ajouté ou retiré de carbones à l’atmosphère par rapport à l’année précédente ?

 

Mais pour que chacun se sente vraiment responsable et mobilisé, ce n’est pas suffisant : il faut que chaque fois que la personne ou l’institution prend une décision, il faut qu’elle soit bien informé de son contenu en carbone,

– l’entreprise ou le service public quand ils hésitent entre deux fournisseurs, deux techniques, deux offres… ;

– la banque quand elle hésite entre deux financements ;

– les politiques quand ils hésitent entre deux mesures ;

– le particulier quand il hésite entre deux produits, deux services, deux formes d’épargne, deux programmes politiques…

Et en remontant encore d’un cran, le défi serait de suivre et partager le contenu précis en carbone de tous les biens et services que nous produisons.

La Comptabilité Carbone Universelle (CCU) relève ce défi. Elle ne réclame aucune innovation particulière, puisqu’elle part de la comptabilité carbone déjà appliquée par beaucoup de grands groupes. Son principe est simple : les entreprises, dans leur immense majorité, ne sont ni des pétroliers ni des éleveurs : elles ne « produisent » pas de carbone, elles les achètent pour les bruler ou les intégrer dans leur production et donc dans leurs ventes. Si chaque entreprise reporte sur ses factures à ses clients la somme des carbones reportés sur les factures de ses fournisseurs, la mécanique tournera largement toute seule.

Avoir sur chaque facture son contenu en carbones fournira à tous l’instrument de pilotage universel de la transition climatique.

Chaque entreprise pourra calculer le contenu carbone de ses ventes de l’année, et aussi son résultat carbone de l’année, en comparant le contenu carbone de ses ventes au contenu de l’année précédente. Elle pourra développer une stratégie pour améliorer ce résultat. La CCU évite les doubles comptes et le greenwashing : la somme des résultats carbone des entreprises sera égal à la réduction globale des carbones dans l’atmosphère.

Ce socle alimentera les autres acteurs.

  • Chaque banque calculera chaque année le résultat carbone de ses prêts à partir du résultat des entreprises à qui elle prête.
  • Chaque investisseur pourra aussi calculer chaque année le résultat carbone de ses actions.
  • Les particuliers ne tiennent pas de comptabilité, mais ils sauront l’impact de toutes leurs décisions.

 

La CCU regarde vers l’avenir. Une entreprise pétrolière peut avoir un résultat carbone positif si elle investit dans les nouvelles énergies et chacun pourra le vérifier dans ses comptes. Et une entreprise numérique peut avoir un résultat carbone négatif, si elle n’allège pas le contenu carbone de chaque vente plus vite qu’elle n’augmente le nombre de ses ventes.

 

La CCU responsabilise sans opposer. Chaque carbone retiré par l’entreprise améliore le résultat de ses actionnaires, de ses banquiers et de ses clients. A charge pour eux de soutenir dans leurs choix les entreprises les plus efficaces en carbone. La CCU n’agit ni par des taxes, ni par des réglementations, mais par l’émulation et la réputation : les grandes entreprises, les grandes administrations ou les grandes banques ont à la fois les moyens d’accélérer la transition et le désir de convaincre leurs clients, leurs salariés, leurs actionnaires, qu’elles font tout leur possible. Elle devrait déclencher une formidable vague d’innovation.

 

Cette comptabilité est possible pour un coût de pilotage minuscule par rapport à l’investissement de la transition climatique. Elle réclame une démarche coordonnée entre experts comptables, experts carbones, entreprises et pouvoir publics.

 

  • Améliorer la présentation de la réponse aux non-spécialistes, et notamment ce qui n’est pas intuitif : l’importance du respect de la trajectoire de réduction des gaz à effet de serre ; la notion de résultat carbone pour chaque acteur ; l’efficacité de l’effet de réputation ; le coût minuscule par rapport à l’enjeu climatique…

 

  • Améliorer la présentation aux spécialistes de la CCU : les contenus carbone et les indicateurs de résultat qu’on en tire

 

  • Identifier et conduire des actions de lobbying en direction de toutes les parties prenantes : les experts carbone, les experts comptables, les entreprises, les mouvements et les personnes actives sur le climat, les médias, les pouvoirs publics et d’abord l’Ademe…

La conduite de ce chantier fait l’objet d’un débat dans R!