le métavers (13.12.21)

Numéro 5 – 13 décembre 2022

 

  • L’apprentissage du métavers

La Terre apprend à connaître le métavers : un casque pour nous promener dans un univers virtuel où nous sommes l’avatar de nous-mêmes pour aller dans un bar bruyant ou parler en tête-à-tête au coin du feu avec un proche, et plus si affinités… Le président de Facebook, Mark Zuckerberg,  vient d’affirmer son ambition d’en être le champion. Il met son groupe en ordre de bataille, recrute 10 000 spécialistes aux États-Unis et 10 000 autres en Europe et donne un nouveau nom à la société qu’il contrôle : Meta.

 

  • Une démonstration de puissance très calculée

Tout est démonstration calculée de puissance dans cette conférence de presse avec la planète, selon le principe qu’une ambition géante affaiblit la résistance des adversaires, brouille le jugement des observateurs et déclenche la séduction de la puissance : une pulsion souvent dangereuse au cours de l’histoire. Cette stratégie a été longtemps réservée au monde religieux (“Notre dieu est le seul de l’univers”) puis au monde politique (“Notre État règnera 1 000 ans”). Elle touche désormais le monde commercial. Et les autres grands de la Tech foncent aussi : la convergence de leurs discours donne de la crédibilité à CE futur, cette utopie d’un univers parallèle où tout sera possible. Et cette stratégie fonctionne : les commentateurs se demandent si commercialement ça va marcher (en concluant généralement que oui) mais sans envisager que ce projet puisse être canalisé par des autorités démocratiques au nom de l’intérêt collectif.

 

  • Quelle cohérence avec l’intérêt collectif ?

Que peut provoquer dans nos sociétés l’arrivée de cette utopie encore très vague ? En quoi va-t-elle changer nos vies ? Chacun interprète des paroles sibyllines d’oracles californiens, les inquiets imaginent le pire, les optimistes le meilleur. Mais l’élément profondément troublant est que la collectivité n’a pas son mot à dire.

Est-ce parce qu’il s’agit d’un projet privé ? Pourtant, pour construire une petite maison dans un pays développé, la collectivité nationale impose un code d’urbanisme et un permis de construire. Pour un grand projet, elle va demander en plus une étude d’impact et une consultation publique. Pour un médicament, il faut étude d’impact et autorisation de mise sur le marché. Pourquoi n’y a-t-il rien pour l’ouverture d’un univers entier, censé demain occuper notre temps éveillé, celui de nos enfants et de nos petits-enfants ?

Notre époque a raison de valoriser la créativité. Elle doit prévoir une discussion collective avant de généraliser l’innovation, de “passer à l’échelle” comme disent les investisseurs. Un défi serait de nous accorder sur une étude d’impact et une autorisation de mise sur le marché de ces grands projets virtuels AVANT de découvrir des effets pervers graves.

 

  • Des enjeux pour chacun

Prenons un exemple de ce qu’il faudrait discuter du côté des libertés individuelles. En créant Meta, Mark Zuckerberg nous annonce qu’il ne vend plus seulement Facebook, mais Facebook, Instagram, WhatsApp, Oculus (les casques de réalité augmentée) et des dizaines d’autres entreprises autour d’un discours commercial que tout le monde peut comprendre, parce que c’est le discours du pécheur : pour attraper le poisson, il ne suffit pas d’être au-dessus de lui avec une ligne et un appât, il faut être au-dessus de lui au moment exact où il a faim. Meta surplombera plus de poissons que ses concurrents el saura à chaque instant ce dont a envie ce poisson complexe qu’est une personne humaine. Quand nous serons sur le métavers, seul ou avec nos amis, d’autres “amis” seront là, présentés par Meta et qui auront payé pour nous croiser au bon moment : celui où nous aurons faim de leur proposition. Un défi serait la protection de notre espace privé et de notre liberté de choix.

 

  • Des enjeux collectifs lourds

Prenons un second exemple du côté des enjeux collectifs que devrait creuser une étude d’impact. Dans le numéro de R! Actualité consacré à la Cop 26, nous remarquions que la transition climatique n’était pas financée et que le défi serait de synchroniser les investissements privés avec cette transition. Le métavers va-t-il accélérer la transition, ou au contraire le dérèglement ? Impossible de répondre sans étude, mais une conséquence claire est de justifier des bandes passantes géantes avec les réseaux d’antennes et de satellites associés. Le fait qu’un investissement gigantesque puisse être financé par des fonds privés ne devrait pas lui donner automatiquement une légitimité et un feu vert de la collectivité.

 

  • Quelles utopies pour notre monde réel ?

Le métavers et ses équivalents révèlent que l’humanité a ou va avoir les techniques et l’argent pour bâtir des univers parallèles. Ils prennent la forme d’utopies marchandes séduisantes, appuyées par des créateurs talentueux et des fonds illimités. Un défi serait d’inventer des utopies non marchandes, qui utilisent ces mêmes technologies, rassembleuses et réalistes, qui relèvent les défis de notre univers réel et se fixent l’objectif de Réconcilions-nous! : une France et une Terre meilleures à vivre pour tous.

 

  • Ce regard de l’intérêt collectif sur le métavers est forcément limité : n’hésitez pas à le commenter dans son forum (sous ce numéro) ou dans nos réunions vidéos du mardi matin (réservées aux abonnés, ICI).
  • Poursuivons ensemble le débat sur les défis suggérés sur 3 pages de R! (avec leur espace de discussions pour construire les réponses aux défis) : le futur et l’innovation, la finance, la protection du domaine privé.

 

Découvrez le débat R! en cours sur : Compter tous les carbones avec une comptabilité Carbone Universelle (la CCU) 

 

Si ce numéro de R! Actualité vous a intéressé, merci de le rediffuser largement !

Notre prochain numéro sera consacré au regard de l’intérêt collectif sur les cadeaux de fin d’année. Abonnez-vous !